France 2035, France 2050
Comment vivrons-nous en France demain ?
Dans la lignée historique des travaux du Plan depuis Jean Monnet, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan a lancé un grand exercice de prospective nationale : « France 2035, France 2050 ». Cette démarche a réuni, d’octobre 2025 à juin 2026, des personnalités du monde économique et social, des représentants de l’administration et des artistes... pour tracer un cap pour la France aux horizons 2035 et 2050.
Consulter la présentation complèteÀ quoi ressemblera la France en 2035 ? En 2050 ? Quels défis économiques, climatiques, démocratiques, sociaux, démographiques, technologiques et militaires devons-nous anticiper dès aujourd’hui pour construire la France de demain ? À l’heure où notre rapport au temps s’est profondément transformé, l’immédiateté et l’urgence s’imposent trop souvent dans l’action publique comme dans le débat démocratique. Pourtant, une nation qui ne regarderait que le présent risquerait de perdre de vue l’essentiel : sa capacité à anticiper, à choisir et à bâtir son avenir.
C’est précisément dans cet esprit qu’il y a quatre-vingts ans, dans une France terriblement meurtrie, le général de Gaulle engage la reconstruction du pays. À ses côtés, un visionnaire, bâtisseur de l’Europe moderne : Jean Monnet. Ensemble, par-delà leurs divergences, ils font émerger une idée fondatrice : celle du Plan. Une conviction les unit : la reconstruction ne peut pas être seulement matérielle ; aucune nation ne se relève sans idées nouvelles, sans vision de long terme.
Aujourd’hui, pour ses 80 ans, le Plan à la française est réunifié et renouvelé. Il redevient une véritable « ruche » intellectuelle, ouverte sur la société, fidèle à l’esprit d’innovation et de dialogue de Jean Monnet. Dans cet esprit, le Plan a engagé un grand exercice de prospective inédit : penser la France à deux horizons, 2035 et 2050. « France 2035, France 2050 », ce sont dix mois de travail, dix thématiques majeures, neuf groupes d’experts aux profils variés. C’est aussi l’implication d’écoles, d’étudiants, d’un panel citoyen, la réalisation d’un sondage inédit et l’apport de regards étrangers. Autant de contributions pour éclairer les futurs possibles de notre pays. Ce rapport a une ambition simple et essentielle : donner aux décideurs comme aux citoyens des clés de compréhension et d’anticipation. En articulant deux horizons - une décennie et une génération-, il permet d’éclairer les choix d’aujourd’hui à la lumière de leurs conséquences de long terme en faisant des propositions concrètes pour une France plus prospère, plus solidaire et plus puissante, en Europe et dans le monde. Cette démarche s'inscrit dans la tradition de la planification française : une planification stratégique, dégageant des priorités et des propositions, fondée sur le dialogue avec les partenaires sociaux, les collectivités locales, les entreprises, les associations…
Fidèle à son héritage, la planification à la française doit néanmoins se réinventer, se moderniser pour répondre aux défis du XXIe siècle. Aujourd’hui, notre pays ne manque ni de stratégies, ni de plans, ni de feuilles de route. Ce qui lui fait défaut, c’est l’échelon capable de hiérarchiser les priorités, d’arbitrer et de tenir un cap. Quelques priorités, leur financement, de la stabilité !
Comme le rappelait le président François Mitterrand : « Les pays qui réfléchissent à leur avenir sont en avance sur les autres. Une nation a le droit de savoir où elle va. » C’est dans cet esprit que pourrait être instituée une « loi des grandes options », adoptée au début de chaque législature. Elle fixerait, pour cinq ans, les grandes priorités nationales qui engageraient le pays. En donnant un cap clair, elle rendrait largement inutile la multiplication des lois de programmation sectorielles, trop nombreuses, insuffisamment appliquées et devenues, pour beaucoup, des lois d’affichage. Cette loi constituerait le sommet d’une véritable architecture du temps long. De ses orientations découlerait une loi-cadre des finances publiques, engageant le gouvernement sur une trajectoire budgétaire pluriannuelle s’imposant aux budgets annuels. A-t-on besoin de changer notre fiscalité chaque année ? Au contraire… Ces orientations seraient déclinées dans des feuilles de route ministérielles. Chaque ministre recevrait du Premier ministre un nombre limité d’objectifs directement issus des choix collectifs arrêtés en début de mandat : quatre ou cinq priorités claires, suivies dans le temps et évaluées. L’enjeu n’est donc pas de créer un échelon supplémentaire ou une nouvelle couche administrative. Il est de redonner une architecture lisible à une action publique aujourd’hui fragmentée, d’aligner les décisions, les budgets et les administrations autour d’un même cap. De mettre fin au sentiment de zigzag et d’impuissance publique qui nourrit la défiance des citoyens et, finalement, le populisme. La loi des grandes options deviendrait ainsi la colonne vertébrale de l’action publique, le point d’appui à partir duquel les différentes stratégies sectorielles pourraient s’articuler pour répondre aux grandes transformations de notre société.
Quatre-vingts ans après sa création, le Plan demeure plus actuel que jamais. Dans un monde instable, il peut redevenir ce qu’il a vocation à être : la boussole d’un État capable de penser loin et d’agir juste. « France 2035, France 2050 » s’inscrit pleinement dans cette ambition. Quatre-vingts ans après, nous avons les moyens de donner au Plan une nouvelle ambition. Anticiper pour mieux décider. Anticiper pour mieux agir.
France 2035, France 2050 en chiffres
Méthodologie
« France 2035, France 2050 » constitue un exercice de prospective inédit par son ambition, son périmètre et sa méthode. Conduit sur près de dix mois, il a mobilisé neuf groupes de travail présidés par des personnalités reconnues, réunissant des profils très divers – économistes, statisticiens, démographes, sociologues, juristes, chefs d’entreprise, militaires, spécialistes du climat, de l’énergie, du numérique ou de la santé, mais aussi écrivains et scénaristes. La démarche s’est structurée autour de deux horizons complémentaires : un scénario tendanciel à 2035, décrivant la France probable, et un scénario souhaitable à 2050, porté par une vision à la fois réaliste et optimiste dans les capacités françaises à surmonter les défis à venir. Reposant sur des auditions, des consultations, un vaste corpus de références et un important travail de modélisation, ces travaux ont débouché sur des diagnostics partagés, des scénarios prospectifs et des propositions concrètes de réforme.
Un travail collectif, exigeant et ouvert
Un travail nourri par
Un objectif partagé
Sortir du temps court pour remettre la stratégie, la souveraineté et l'avenir au cœur du débat public.
…
Ce Focus reproduit un chapitre du rapport Comment vivrons-nous en France demain ? du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan
Focus à paraître
Ce Focus n'est pas encore publié.
Télécharger le FocusCe Focus reproduit un chapitre du rapport Comment vivrons-nous en France demain ? du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan
Retour à l'hémicycleFace aux crises climatique ou démographique, aux enjeux technologiques ou géopolitiques, notre pays a besoin de priorités et de stabilité : il doit renouer avec les lois de plan – ou « lois des grandes options » – pour fixer un cap et s’y tenir. C’est ce renouvellement d’une planification à la française qui est ici proposé. »
Synthèse
Propositions phares
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Chiffres clés
La production de la démocrateam
Espace réservé à la production de la démocrateam — délibérations, votes et contributions citoyennes adossés au Focus Démocratie.
Contenus à intégrer dès qu'ils seront disponibles.
Auteurs
9 équipes, une ambition
partagée.
Des groupes de travail pilotés par des personnalités qualifiées de premier rang
Associant experts, représentants de la société civile et citoyens, « France 2035, France 2050 » nourrira le débat public et les décideurs. Placés sous la coordination du Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan avec un appui technique de rapporteurs, des groupes de travail pilotés par des personnalités de haut niveau ont eu pour mission d’identifier scénarios et propositions de transformation.
Les contributions à France 2035, France 2050
Consultations citoyennes, sondage de lancement et contributions de la jeunesse, réunis par le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, ainsi que des compléments.
Deux dispositifs de participation citoyenne nourrissent la démarche « France 2035, France 2050 » : un panel citoyen réuni au Conseil économique, social et environnemental (CESE) et la grande consultation en ligne Agora. Choisissez un dispositif pour afficher sa synthèse ; le document complet est proposé au téléchargement.
Un panel citoyen réuni au CESE les 5 et 6 février 2026
35 citoyennes et citoyens se sont réunis au Conseil économique, social et environnemental, dans le cadre de la saisine « Pour un modèle de société soutenable, durable et inclusive à l'horizon 2050 » du CESE et de la démarche « France 2035, France 2050 » du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan.
Les participantes et participants ont partagé leurs souhaits et inquiétudes à l'horizon 2050, puis les ont enrichis à la suite de la lecture des scénarios prospectifs de la Commission du CESE.
Économie
Souhaits
Un modèle plus sobre, respectueux de l'environnement (relocalisé, circuits courts) et équitable, favorisant un meilleur partage des richesses et fondé sur des indicateurs alternatifs au PIB ainsi que sur une maîtrise des finances publiques.
Inquiétudes
La fragilité du modèle actuel, les dépendances stratégiques (technologie, communication et santé) et les orientations liées à l'économie de l'armement.
Avenir du travail
Souhaits
Garantir des rémunérations permettant de vivre dignement, redonner du sens au travail au-delà de la logique de productivité, et promouvoir des modes de gouvernance plus participatifs.
Inquiétudes
La précarisation, les difficultés d'insertion des jeunes et le décalage entre les formations et les besoins du marché.
Démocratie
Souhaits
Un renouveau démocratique et la restauration de la confiance, fondés sur une participation citoyenne renforcée et une meilleure représentation.
Inquiétudes
Une défiance durable envers le système politique, une montée de l'autoritarisme et une crise de la représentation doublée d'un affaiblissement du vivre-ensemble.
Modes de vie
Souhaits
Un vivre-ensemble plus inclusif et plus en phase avec son environnement, et des modes de consommation plus durables et locaux.
Inquiétudes
La dégradation des conditions de vie, la montée de l'individualisme et le creusement des inégalités sociales et territoriales (risque d'invisibilisation).
Changement climatique
Souhaits
Des politiques publiques ambitieuses plaçant l'environnement au cœur des décisions.
Inquiétudes
L'aggravation irréversible du réchauffement climatique et des tensions accrues sur les ressources (eau, logement, etc.).
Démographie
Souhaits
Une meilleure solidarité intergénérationnelle, des aides aux familles et une meilleure prise en compte des inégalités territoriales (Outre-mer) ainsi que des enjeux migratoires et climatiques.
Inquiétudes
Le vieillissement de la population, la baisse de la natalité (peur de l'avenir, coût de la vie, forte charge pesant sur les femmes), la place des jeunes et la pression sur les systèmes de solidarité.
Services publics
Souhaits
Des services publics forts (réels moyens pour la santé et l'éducation, renforcement des solidarités), accessibles équitablement et répartis sur tout le territoire.
Inquiétudes
La privatisation des services publics et le désengagement de l'État, au risque d'une exclusion accrue des plus vulnérables.
Sécurité et défense nationale
Souhaits
Des relations internationales apaisées et un encadrement strict des usages militaires de l'IA.
Inquiétudes
La multiplication des conflits (de natures et d'échelles diverses), la restriction des libertés au nom de la sécurité, et le recul de la lutte contre le réchauffement climatique.
Modèle social
Souhaits
Réduire les écarts entre les riches et les pauvres dans une société fondée sur un modèle plus inclusif et équitable.
Inquiétudes
Dans un contexte de polarisation croissante, un risque de fragmentation durable du corps social pouvant mener à une réelle scission.
IA et technologies
Souhaits
Une régulation stricte de l'IA, au service de l'intérêt général et répondant à des critères environnementaux et sociaux.
Inquiétudes
Un développement technologique accentuant la fracture sociale et les impacts environnementaux, voire menant à une perte de contrôle.
Information
Souhaits
Restaurer la confiance grâce à une information pluraliste, transparente et accessible.
Inquiétudes
La montée de la désinformation et une défiance généralisée envers les médias et les institutions.
Après avoir formulé des défis et voté pour en retenir huit prioritaires, les participantes et participants ont élaboré pour chacun un ou deux leviers d'action. Le nombre de votes est indiqué entre parenthèses.
Défi 1 · Modèle démocratique et électoral (17 votes)
Repenser le modèle démocratique et électoral pour redonner du sens à la politique, malgré une hausse de la défiance et un désintérêt grandissant causé par l'instabilité politique face à des crises multiples (polarisation, tensions géopolitiques, crise climatique), dans un contexte où la parole citoyenne n'est pas écoutée.
- Levier 1 — Responsabiliser la vie politique.
- Levier 2 — Renforcer et accélérer la représentation des citoyens dans les décisions de l'État et des collectivités.
Défi 2 · Inégalités (9 votes)
Réduire toutes les formes d'inégalités d'ici 2050, dans un contexte d'accroissement continu des inégalités, de crise climatique, d'endettement public et de polarisation des richesses.
- Levier 3 — Reconnaître le statut de parent au foyer, éligible jusqu'à l'entrée à l'école de l'enfant, pour les hommes et les femmes, avec un revenu universel pour tout parent.
Défi 3 · Jeunesse (8 votes)
Prendre en compte les aspirations de la jeunesse dans une société de la performance, oppressante pour celle-ci et marquée par une faible confiance des jeunes dans l'avenir.
- Levier 4 — Renforcer la place des jeunes dans la prise de décision.
- Levier 5 — Accès à la bourse au logement et à l'alimentation, et revalorisation des échelons de bourse pour les étudiants.
Défi 4 · Changement climatique (7 votes)
Lutter contre les causes et s'adapter au réchauffement climatique et à la pollution, dans un contexte productiviste où ce n'est pas une priorité pour les États, les entreprises et les citoyens, et où l'on est incité à la surconsommation.
- Levier 6 — Faire de la transition écologique un enjeu de santé-sécurité prioritaire.
- Levier 7 — Limiter la pollution plastique en investissant dans la recherche.
Défi 5 · Alimentation (6 votes)
Assurer une souveraineté, voire une autonomie, en alimentation de qualité et respectueuse de l'environnement, en repensant le modèle agricole.
- Levier 8 — Lutter contre le gaspillage alimentaire.
- Levier 9 — Sensibiliser, former et éduquer l'ensemble de la population à une alimentation de qualité et respectueuse.
Défi 6 · Modèles économiques (4 votes)
Repenser les modèles économiques, par exemple sur celui de l'économie sociale et solidaire (ESS), face à un modèle fondé sur l'individualisme et la surexploitation des ressources et des personnes.
- Levier 10 — Intégrer les externalités négatives comme un principe fondamental de l'économie.
Défi 7 · Travail (4 votes)
Un travail digne, épanouissant et valorisant, et la réduction du temps de travail, malgré un contexte économique de concurrence et de tensions.
- Levier 11 — Partager la gouvernance des entreprises entre employeurs et salariés pour améliorer les orientations.
- Levier 12 — Prioriser l'augmentation du SMIC et des salaires.
Défi 8 · Inclusion (3 votes)
Pour une société équitable, durable et inclusive favorisant le vivre-ensemble (santé mentale, cohésion…) d'ici 2050, malgré un contexte de vieillissement, de polarisation, d'individualisme et de repli sur soi.
- Levier 13 — Appliquer et renforcer la législation pour les personnes en situation de handicap et améliorer leur inclusion.
La grande consultation citoyenne en ligne
Lancée par le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan pour identifier les défis des horizons 2035 et 2050 et éclairer la décision publique, sur dix grands sujets : démographie, économie, climat, avenir du travail, démocratie, défense…
Objectif de la consultation
Dans le cadre de l'exercice de prospective « France 2035, France 2050 », le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan a lancé une grande consultation citoyenne pour identifier les défis auxquels le pays sera confronté demain, afin d'éclairer la décision publique d'aujourd'hui.
L'idée est de prendre du recul sur l'actualité pour proposer des solutions adaptées aux enjeux des horizons 2035 et 2050. En s'appuyant sur les priorités, les attentes, les souhaits et les inquiétudes des citoyens, la consultation permet de mieux comprendre les perceptions de l'avenir sur dix grands sujets : démographie, économie, climat, avenir du travail, démocratie ou encore défense.
Les contributions seront croisées avec celles des groupes de travail et alimenteront leurs travaux afin de formuler des recommandations sur chaque thématique. Les résultats seront rendus publics dans un rapport remis au Président de la République avant l'été 2026.
Méthode d'analyse
La synthèse a été réalisée par le Centre interministériel de la participation citoyenne (CIPC) à partir de l'ensemble des contributions reçues. Sur les questions fermées, les experts ont mesuré les écarts de réponse selon le profil des répondants (genre, âge, catégorie socio-professionnelle). Sur les contributions spontanées, ils se sont appuyés sur l'Assistant IA interministériel, technologie souveraine en cours d'expérimentation dans les services de l'État, pour identifier les thématiques et propositions les plus récurrentes. Une même contribution pouvant porter plusieurs thématiques, la somme des thématiques d'une question peut dépasser 100 %.
Participation
- 1 500 participants.
- 13 648 verbatims recueillis.
Répartition géographique
- 69 % d'urbains.
- 31 % de ruraux.
Genre
- 61 % d'hommes.
- 39 % de femmes.
Âge
- 18-25 ans : 8,2 %
- 26-35 ans : 16,6 %
- 36-45 ans : 20,5 %
- 46-55 ans : 22,1 %
- 56-65 ans : 18,6 %
- Plus de 65 ans : 13,5 %
Catégorie socio-professionnelle
- Cadres : 47,5 %
- Retraités : 13,4 %
- Employés : 11,3 %
- Professions intermédiaires : 7,6 %
- Étudiants : 7,4 %
- Artisans / commerçants : 5,9 %
- Sans activité : 3,4 %
- Agriculteurs : 2,5 %
- Ouvriers : 1,1 %
- Les participants partagent une vision très pessimiste de la France en 2035-2050 : un pays marqué par le changement climatique, la précarisation du marché du travail, le recul démocratique et les tensions géopolitiques.
- Un clivage apparaît entre ceux qui priorisent les politiques socio-économiques et ceux qui encouragent, en priorité, les politiques régaliennes.
- Une large majorité de répondants mentionnent néanmoins des enjeux transversaux : éducation, santé, justice sociale.
- Les évolutions technologiques sont perçues comme un facteur majeur de transformation (emplois, services publics, modes de vie, démocratie, sécurité) qu'il s'agit de mieux maîtriser et réguler.
- Les participants demandent un effort de planification plus important de la puissance publique pour préparer le pays aux pires scénarios envisagés.
- Une part importante dénoncent la déconnexion des élites politiques par rapport aux difficultés quotidiennes des Français (logement, santé, pouvoir d'achat) et leur manque de vision à long terme.
Sondage Toluna – Harris Interactive, commandé par le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan.
La parole de la jeunesse a été recueillie auprès des élèves de CM2 et des lycéens, via le Conseil national de la vie lycéenne (CNVL). Choisissez un public pour afficher sa synthèse ; les documents complets sont proposés au téléchargement.
La France de 2050 selon les élèves de CM2 des écoles élémentaires de Grand-Charmont et de Voujeaucourt (25)
Une synthèse thématique des regards croisés des deux classes sur la France de 2050.
Politique & démocratie
- Consultation des citoyens via Internet.
- Possibilité de voter des lois en restant chez soi.
- Le vœu qu'il n'y ait plus de guerres, ni de tensions liées au manque d'eau ou de nourriture.
Transports
- Des voitures électriques ou à énergie non polluante (eau, soleil).
- Des voitures autonomes, parfois capables de voler ou d'aller plus vite ; des voitures volantes.
- Des trains très rapides à travers la France.
- Plus d'avions, mais des chaussures et des voitures volantes et des robots chauffeurs.
- En ville, des déplacements à vélo ou en transports en commun.
Famille
- Davantage de familles recomposées, mais avec moins d'enfants en raison du coût de la vie.
- L'usage d'hologrammes pour communiquer au sein de la famille.
Environnement
- Plus de canicules et moins de neige en 2050.
- Un manque d'eau dans certaines régions.
- Davantage d'intempéries, de tempêtes et de tornades.
- La disparition de certaines espèces animales.
- Davantage de mesures de protection de la biodiversité.
- Plus de forêts pour produire davantage d'oxygène ; la protection de l'air et de l'eau.
- Plus d'arbres, de parcs et de jardins dans les villes, jusque sur les toits des immeubles.
- Des océans et des mers pollués par les déchets plastiques, mais de nouvelles plantations pour préserver la faune et la flore.
Technologie & numérique
- Des robots pour nous assister au quotidien, à la maison ou à l'hôpital.
- Des robots professeurs dans les écoles, sans remplacer le personnel humain.
- Les robots occuperont les emplois les plus durs et dangereux ; les humains garderont les tâches de réflexion.
- L'intelligence artificielle permettra de travailler plus vite.
- Des réseaux sociaux mieux sécurisés et encadrés pour les enfants ; un système de vérification et de suppression des fausses informations.
- Des voyages dans l'espace, avec des bases sur la Lune et sur Mars.
- Des objets du quotidien très intelligents et des jeux vidéo en réalité virtuelle très réalistes.
- Des machines pour nettoyer les océans ; de nouveaux métiers autour des robots.
- Une application pour examiner le corps en temps réel et anticiper notre état de santé.
Santé
- De meilleurs soins et la guérison de certaines maladies graves.
- Des maladies comme le cancer existeront toujours, mais ne seront plus mortelles.
Modes de vie
- Une vie plus chère, notamment pour le logement.
- Le travail depuis chez soi : moins besoin des transports (télétravail massif).
- On gardera le droit de croire et de célébrer les fêtes traditionnelles et patriotiques.
- On fêtera toujours les anniversaires, les mariages, le nouvel an ou encore Halloween.
- Il y aura toujours des repas de famille et des sorties entre amis.
- On fera plus de sport et on aura plus de temps pour la nature, la cuisine, les enfants et les loisirs, car le temps de travail aura diminué.
- On habitera des maisons plus spacieuses, automatisées et lumineuses.
Éducation
- Des ordinateurs et des tablettes à la place des cahiers.
- De nouveaux programmes et plus de possibilités d'apprendre à son rythme.
- Plus de temps de récréation.
- Moins de harcèlement, avec des professeurs et des élèves mieux informés sur le sujet.
- Après le CM2, un apprentissage plus autonome, selon les choix et le projet de chacun, à l'aide des robots ; un apprentissage possible à la maison.
Alimentation & agriculture
- Plus d'alimentation végétale pour protéger la planète.
- Une nouvelle alimentation à base d'insectes ou de viande cultivée en laboratoire.
- Des repas qui pourront être réduits à des gélules.
- Des agriculteurs plus attentifs à la nature, cherchant des solutions sans pesticides.
- Plus de jardins collectifs, répartis entre potagers, espaces de jeu et vergers.
La France de 2050 selon le Conseil national de la vie lycéenne
Une synthèse des constats et des propositions des lycéens, sur les thèmes de la démocratie et de l'environnement.
Démocratie & politique
Un sentiment de déconnexion entre les responsables politiques et les citoyens.
L'entre-soi des élites politiques et la vacuité du débat public témoignent de défaillances systémiques et nourrissent un désenchantement démocratique profond : près de 78 % des Français déclarent aujourd'hui ne pas avoir confiance dans la classe politique. Les institutions, pensées comme garantes de l'intérêt général, semblent s'être transformées en structures imperméables, déconnectées des urgences sociales et environnementales. On peut avoir le sentiment d'une politique-spectacle, prenant par exemple la forme de commissions d'enquête parlementaire parfois perçues comme étant à charge, tandis que les promesses de campagne se heurtent à l'inaction. Les crises sociales, sanitaires et politiques survenues depuis 2017 ont achevé de convaincre une large partie de la population que le système ne serait plus améliorable par l'action citoyenne, nourrissant une forme de résignation civique qui prend la forme d'un silence dans les urnes. Repenser notre modèle démocratique, avec l'ambition de renforcer la souveraineté populaire, devient un enjeu majeur.
Une montée des atteintes à l'État de droit.
On observe une fragilisation de l'État de droit dans chacune de ses composantes. L'égalité devant la loi semble compromise : les membres du gouvernement, pour les infractions commises dans le cadre de leurs fonctions, sont jugés par une juridiction d'exception comprenant des parlementaires, la Cour de justice de la République (CJR), là où d'autres États voient leurs ministres relever du droit commun. La séparation des pouvoirs peut sembler aux antipodes du pouvoir de grâce du chef de l'État ou du manque d'indépendance du parquet. Enfin, le respect de la hiérarchie des normes est discuté lorsque la France laisse M. B. Netanyahou, sous mandat de la Cour pénale internationale (CPI), traverser son espace aérien, ou lorsque le législateur cherche à contourner des censures du Conseil constitutionnel (cas de la loi « Duplomb II »). Il convient toutefois de noter que le droit français offre aux citoyens une protection supranationale de leurs libertés fondamentales (Cour européenne des droits de l'homme et Cour de justice de l'Union européenne), et que le Conseil constitutionnel dispose d'instruments puissants garantissant le respect de la hiérarchie des normes, comme le contrôle de constitutionnalité a priori et la question prioritaire de constitutionnalité (QPC). L'enjeu est de demeurer sur le chemin de l'État de droit, comme l'ont relevé plusieurs organisations telles qu'Amnesty International, Anticor ou encore The Economist Group, dont l'indice de démocratie classe la France parmi les « démocraties défaillantes » plutôt que parmi les « démocraties complètes ».
Une jeunesse qui appelle à des réformes dans son univers démocratique.
Les limites à la participation démocratique des jeunes sont plurielles : la connaissance des institutions et des instances lycéennes reste insuffisante, ce qui limite la capacité des élèves à investir les espaces de décision des établissements. En 2025, le taux de participation national moyen aux élections du Conseil de la vie lycéenne (CVL) n'est que de 48,80 %. Les instruments démocratiques en place sont peu visibles, peu connus et dotés d'un pouvoir le plus souvent consultatif, ce qui réduit leur impact et leur crédibilité. Plusieurs initiatives, comme des budgets participatifs dans certains lycées, montrent qu'un véritable pouvoir décisionnel accroît significativement l'engagement scolaire. À l'inverse, une trop grande diversité d'échelons peut donner l'illusion de la participation sans réel pouvoir, et l'émergence de mouvements informels — prenant parfois la forme de blocus — révèle les limites du système de représentation. L'enjeu est de sortir la démocratie scolaire d'une forme symbolique ou « factice » pour en faire une expérience réelle et structurante, car le cadre scolaire constitue la première confrontation concrète des lycéens à la vie démocratique.
Environnement
Un modèle de société à l'origine de la dégradation environnementale.
Malgré une diminution de 20 % des émissions de gaz à effet de serre depuis 1993, nos modes de vie pèsent fortement sur l'environnement, que ce soit par l'alimentation, les déplacements ou la gestion du territoire, dans un contexte de croissance de la population mondiale. En 2023, la consommation d'électricité des ménages français a émis 66 millions de tonnes de CO₂, soit plus de la moitié des émissions du transport, signe d'une forte dépendance aux énergies non renouvelables. Le Global Footprint Network estime que le 2 août 2023 correspondait au « jour du dépassement » : à cette date, l'humanité avait déjà consommé l'ensemble des ressources que la Terre peut régénérer en une année. Enfin, la désinformation et les discours climatosceptiques minimisent ces impacts au profit de la société de consommation.
Un environnement soumis à de nombreux bouleversements.
Les activités humaines ont fortement dégradé les écosystèmes : 75 % des terres libres de glace sont altérées, une grande partie des océans est polluée et plus de 85 % des zones humides ont disparu. Cette pression a conduit à dépasser 7 des 9 limites planétaires. Le dérèglement climatique provoque des effets en cascade, comme la fonte du pergélisol qui libère du méthane, et multiplie les événements extrêmes touchant particulièrement les territoires littoraux et ultramarins : à Mayotte, la montée du niveau de la mer pourrait atteindre 60 à 90 cm d'ici 2100. Parallèlement, la biodiversité s'effondre : depuis 1970, les populations de vertébrés ont diminué d'environ 68 %, illustrant une possible sixième « extinction de masse », cette fois d'origine humaine. Enfin, l'essor du numérique accroît les besoins en centres de données, très consommateurs d'énergie et d'eau.
Des enjeux sociaux directement touchés.
La pollution de l'air s'intensifie, avec des conséquences graves sur la santé : on estime à 40 000 le nombre de décès par an liés aux particules fines d'origine humaine, soit 7 % de la mortalité totale en France. Les dégradations environnementales renforcent les inégalités sociales — les populations les plus fragiles en subissent davantage les conséquences — et alourdissent le coût de l'énergie. Le système alimentaire français subit lui aussi des pressions croissantes : sécheresses, dégradation des sols et raréfaction de l'eau réduisent les rendements, tandis que la dépendance aux intrants et aux protéines importées (soja) le rend vulnérable aux crises climatiques et géopolitiques. Malgré la progression de l'agriculture biologique (environ 10 % des surfaces), celle-ci demeure insuffisante face aux enjeux de souveraineté alimentaire.
Démocratie & politique
Pour un peuple disposant de davantage d'instruments démocratiques
- Comptabiliser le vote blanc parmi les suffrages exprimés pour l'ensemble des résultats électoraux.
- Rendre le vote obligatoire à partir de 18 ans pour l'ensemble des élections (hors référendums).
- Instaurer le référendum d'initiative citoyenne constituant, abrogatif, révocatoire et législatif (RIC CARL), version la plus complète du référendum, pour favoriser l'émergence d'une démocratie plus participative.
- Abaisser le droit de vote à 16 ans pour l'ensemble des scrutins.
Pour une jeunesse architecte de la démocratie de demain
- Expérimenter le tirage au sort d'un délégué de classe sur deux — que les élèves pourront refuser après un entretien avec leur professeur principal —, dans une logique de démocratie scolaire hybride.
- Créer une discipline « Enseignement moral et civique – éducation aux médias et à l'information » (EMC-EMI), regroupant les heures d'EMC et de sciences numériques et technologie (SNT).
- Mettre en place une épreuve facultative dédiée à la présentation de ses engagements, à l'image de l'épreuve optionnelle déjà en vigueur dans les lycées agricoles.
- Expérimenter des voyages scolaires au sein de l'Union européenne et des sorties dans des institutions telles que l'Assemblée nationale, pour mieux comprendre les mécanismes démocratiques.
- Instaurer un référendum d'initiative lycéenne : les propositions recueillant au moins 30 % des élèves d'un lycée seraient obligatoirement examinées par le CVL, puis transmises au conseil d'administration (CA) et au conseil académique de la vie lycéenne (CAVL) ; rendre publiques les séances du CVL (comptes rendus et compte financier des fonds de vie lycéenne).
- Convoquer des élèves tirés au sort pour composer une commission lycéenne, appuyée par le CVL, sur les sujets importants de la vie de l'établissement (téléphones portables, règlement intérieur, passage au self, aménagement des espaces, etc.).
- Interdire le cumul des mandats lycéens (délégué à la vie lycéenne, délégué de classe, éco-délégué), sauf si le nombre de candidats est inférieur au nombre de sièges à pourvoir.
Environnement
Énergie et mobilité
- Encourager le vélo de fonction dans les entreprises, pour réduire les émissions tout en améliorant la santé des salariés, et développer les transports en commun à la campagne (accompagnés d'un pass) pour réduire les inégalités territoriales.
- Concevoir les villes comme des écosystèmes capables de réguler leur température : surfaces perméables plutôt que bitume, plantation massive d'arbres, rénovation avec des matériaux isolants naturels et ventilation naturelle plutôt que climatisation.
- Adapter les pratiques agricoles vers des modèles plus durables et résilients, en accompagnant les agriculteurs pour sortir de la dépendance aux pesticides : passer d'une logique de rendement à une logique de soutenabilité.
- Renforcer la végétalisation et optimiser la gestion de l'eau en soutenant de nouvelles formes de production, comme l'aquaponie, adaptée aux petits espaces et à l'agriculture urbaine.
Santé et impact social
- Adapter en priorité les lieux publics (écoles, hôpitaux, Ehpad) et créer des refuges climatiques accessibles à tous, en particulier aux personnes âgées ou précaires.
- Anticiper le déplacement des populations des zones qui ne pourront plus être habitées (littoral, zones inondables), avec un accompagnement financier et social.
Éduquer et sensibiliser
- Intégrer les objectifs de développement durable (ODD) dès le plus jeune âge, ouvrir les instances d'éco-délégués dès le CP et favoriser l'intervention de scientifiques et de professionnels.
- Développer l'économie circulaire : recycleries de proximité, tri obligatoire simplifié et consommation plus responsable limitant le gaspillage.
- Mieux valoriser les eaux usées (la France en réutilise moins de 1 %) pour l'industrie, l'irrigation ou le nettoyage des rues, et créer des zones d'exclusion totale de pesticides autour des captages d'eau potable.
- Taxer plus strictement les acteurs industriels les plus polluants, selon le principe du pollueur-payeur.
Perspective – prospective : quelle administration fiscale en 2050 ? Être ou ne pas être ? Telle est la question
L’administration fiscale doit-elle être visible ou invisible ? Plusieurs projections sont possibles et se rejoignent. Parfois, elles s’opposent. Le paradoxe de l’administration fiscale de 2050 sera peut-être le suivant : devenir invisible pour, justement, être plus visible. Invisible concernant les démarches, les calculs ou le traitement des informations. Mais un service bien visible, plus proche, plus inclusif et mieux intégré dans la vie de nos concitoyens.
En 2050, l’administration française aura opéré sa révolution culturelle : passer d’un guichet où l’on se rend pour demander un droit ou donner une information, à un système qui s’assure pour vous que vous êtes en conformité avec vos obligations et qui déclenche les droits automatiquement en fonction de vos événements de vie détectés par les données. L’administration fiscale sera au cœur de cette révolution.
- La déclaration de revenus telle que nous la connaissons (même pré-remplie) aura probablement disparu. L’impôt et plus généralement l’ensemble des démarches actuelles deviennent un flux passif et indolore : changement d’adresse, mariage, divorce, naissance d’un enfant, gains ou pertes de revenus, etc. Le système calculera directement le « solde net » de ce que vous doit l’État ou de ce que vous lui devez : si vos aides (allocations, crédits d’impôt) sont supérieures à vos taxes, l’État vous verse la différence en temps réel. En 2050, le décalage entre la perception de l’impôt et le versement des aides n’existera plus. La Direction générale des Finances publiques (DGFiP) sera l’organisme de péréquation en temps réel, ajustant le niveau de vie des foyers chaque semaine selon les aléas économiques. Elle sera un distributeur instantané.
- Un « assistant fiscal personnel » (IA d’État) gère vos données en continu. Vous ne « déclarez » plus ; vous validez simplement des rapports d’activité générés automatiquement. En tant qu’usager, vous ne voyez ce qui est fait pour vous que si vous le souhaitez, si vous voulez vérifier, avoir une explication, modifier un élément.
- La capacité à tenir cette promesse engage l’administration mais aussi le pouvoir législatif. Chaque évolution de la fiscalité est testée dans « l’assistant fiscal » pour vérifier qu’elle peut être mise en place « sans couture » avant d’être votée.
- Pour garantir cette redistribution instantanée, permettre une communication proactive, donner des repères personnalisés dans les démarches, prévenir les erreurs et favoriser le consentement à l’impôt par des informations personnalisées, la DGFiP traite en continu les informations essentielles concernant un usager ou partenaire. L’information financière est collectée directement dans les flux de paiement. Pour tous : particuliers, professionnels, agents publics.
- L’administration DGFiP « regarde » et, sans déclencher une procédure de contrôle en tant que telle, vous alerte en cas de doute ou d’incohérences. Vous recevez régulièrement des messages et des alertes, dans une logique de prévention des erreurs ou oublis et de dissuasion de la « fraude simple ».
- La fraude n’aura pas disparu. Elle aura changé de visage. L’administration fiscale devra protéger les citoyens et le bien commun (les recettes fiscales) contre l’évasion fiscale et les fraudes, les usurpations, désormais massivement générées par des algorithmes et des IA malveillantes. Le système organise une vigilance permanente contre cette fraude toujours en mouvement et en évolution. La lutte contre les réseaux et la fraude la plus grave est au cœur des missions de l’administration fiscale et mobilise les experts de l’administration fiscale et ses données.
- Dans un contexte où les évolutions technologiques continueront à transformer notre manière de travailler dans de nombreux secteurs d’activité, l’administration fiscale aura également pour mission de savoir taxer la valeur ajoutée produite par les machines ou les IA afin qu’elles participent, elles aussi, au financement des services publics.
- Le service des impôts ne sera plus un guichet de réclamation, mais un lieu de réassurance, un conseiller en patrimoine et en transition, visible aux moments clés de la vie et en cas de crises – un interlocuteur présent pour ceux qui en ont le plus besoin.
- Les guichets des impôts seront fusionnés avec les services sociaux pour un accompagnement humain et solidaire dans des guichets de proximité. On ne se rendra plus aux impôts mais on poussera la porte du service public. Les agents publics qui travaillent sur le territoire en proximité seront tous en contact du public et des partenaires. Les tâches de gestion auront disparu ou auront été regroupées.
- Le service public physique deviendra un refuge pour ceux qui sont déconnectés du système numérique, assurant que personne ne soit « puni » par une erreur algorithmique ou une exclusion de l’espace numérique. Ainsi, nous aurons évité le risque de fracture de l’humain et de l’émergence d’un service public à deux vitesses : nous n’aurons pas une administration 100 % numérique et efficace pour ceux qui maîtrisent l’espace numérique et une absence de service pour les autres.
- Des lieux refuges : les services publics se sont recentrés sur des bâtiments îlots adaptés qui servent à la continuité des missions et de la vie de la nation. Les implantations immobilières des services publics sont notamment des lieux refuge en cas de forte chaleur et d’évènements climatiques.
- Si le service des impôts devient invisible pour 95 % de la population grâce à l’automatisation, la place de l’administration humaine existera toujours mais se déplacera vers les « marges ». Les agents seront notamment des experts qualifiés et formés (juristes, éthiciens, data-scientists) intervenant sur des situations particulières que l’IA ne peut trancher.
- Le rôle des agents du service public sera de faire de la médiation complexe et de lutter contre l’exclusion pour garantir l’égalité républicaine. Un déploiement et une visibilité pendant les crises : des « task force » d’agents publics se déploient pendant les crises majeures. L’administration fiscale est membre de ce réseau de résilience assuré par le service public.
- L’administration fiscale, notamment grâce à l’IA, pourra vous dire : « Si vous investissez dans ce projet de rénovation énergétique, votre impôt diminuera de X % dès le mois prochain. » Ou « s’il est plus intéressant de garder un enfant à charge ou de lui verser une pension. » L’administration fiscale se rendra visible lors de vos évènements de vie et prendra contact avec vous proactivement.
- L’Espace finances publiques est l’espace numérique où je retrouve tout, où je sais que je peux avoir des messages et faire des démarches de façon sécurisée et en confiance. C’est une marque forte et visible pour faire la différence en cas de fraude et d’usurpations.
- Le service des impôts deviendra un des leviers d’incitation pour des comportements citoyens et écologiques. L’impôt ne servira plus seulement à remplir les caisses, mais à moduler le coût de la vie en temps réel afin d’orienter les comportements (par exemple : taxes sur le carbone fluctuantes selon votre consommation réelle).
- Un indicateur de civisme : payer son impôt sera perçu comme une contribution directe à des projets locaux tracés. L’administration devient le garant de la destination des fonds et la rend visible.
- Une éducation fiscale immersive pour savoir « À quoi servent mes impôts ? ». Des interfaces en réalité augmentée ou des jumeaux numériques permettront de visualiser l’impact de vos impôts sur votre quartier (par exemple : « Vos impôts ont financé 10 % de cette nouvelle école »).
Éducation : concilier une école ouverte sur la société et une exigence de résultat
Les dernières décennies ont été marquées par deux faits majeurs en matière d’éducation en France. Le premier, dans le prolongement de la massification scolaire de la deuxième moitié du XXe siècle, est un accroissement global du niveau de diplôme. Plus de la moitié des 25-34 ans sont titulaires d’un diplôme du supérieur en 2023, une part au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE, et la proportion de bacheliers dans une génération s’établit désormais autour de 80 %. Symétriquement, la part de jeunes sortant de façon précoce et sans diplôme du système éducatif baisse de façon tendancielle : moins de 10 % des jeunes de 18 à 24 ans sont dans cette situation en 2024, une part en deçà de l’objectif européen de 10 %.
Pour autant, à niveau de scolarité ou âge donné, les compétences des élèves français restent faibles en comparaison internationale, comme le montrent de nombreuses évaluations. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne les sciences et les mathématiques, où les résultats connaissent par ailleurs une baisse sensible, qui concerne l’ensemble des enfants. À titre d’exemple, en calcul en fin de CM2, un enfant de cadre obtient en 2017 des résultats inférieurs à ceux d’un enfant d’ouvrier ou d’employé en 1987.
L’inversion de cette tendance, et plus largement l’atteinte d’un niveau de compétences comparable aux pays voisins apparaît donc comme une priorité à l’horizon des dix prochaines années. S’il est difficile d’identifier une cause unique à cette situation française, on peut tout de même souligner quelques éléments qui pourraient concourir à la faiblesse relative du niveau des élèves : un nombre élevé d’élèves par classe, des rythmes scolaires inadaptés, un déficit d’attractivité du métier d’enseignant, une formation initiale insuffisante sur les aspects pratiques du métier, trop peu de moyens consacrés à la formation continue et à l’animation pédagogique.
Au regard de ces enjeux, la baisse attendue du nombre d’élèves scolarisés, qui résulte du recul de la natalité, peut apparaître comme une fenêtre d’opportunité : celle-ci offrirait, à politique inchangée, une marge budgétaire de l’ordre de 0,5 point de PIB à horizon 2035.
Ce « dividende démographique » pourrait être mobilisé en partie pour agir sur deux leviers, qui dépendront de l’évolution des effectifs enseignants sur la même période : d’une part une revalorisation salariale, dont le coût budgétaire pourrait être limité compte tenu de la baisse du nombre d’enseignants, et d’autre part une diminution du nombre d’élèves par classe, si cette baisse du nombre d’enseignants reste moindre que la baisse des effectifs scolarisés.
Ces deux facteurs pourraient permettre une amélioration globale des conditions d’enseignement, et en conséquence une amélioration du niveau de compétences des élèves. En particulier, la diminution du nombre d’élèves par classe pourrait être ciblée sur l’élémentaire et sur l’enseignement prioritaire, où elle est la plus nécessaire et la plus efficace. Une baisse globale du nombre d’enseignants implique toutefois des fermetures de classe, voire d’établissements. Il faudra veiller à ce que ces évolutions ne nuisent pas à la cohésion sociale et territoriale, en différenciant par exemple les décisions de fermeture entre zones urbaines et zones rurales, et que l’effort soit réparti en fonction des besoins locaux, notamment en matière d’éducation prioritaire. Il faudra également tenir compte sur ce point d’une concurrence de l’enseignement privé probablement accrue, qui risque d’accentuer l’éviction d’une partie des élèves de l’école publique, notamment ceux issus de milieux favorisés. Il faudra aussi veiller à une planification pluriannuelle pour que les parents, les personnels éducatifs et les élus puissent se projeter et organiser les conséquences d’éventuelles fermetures.
En parallèle, une amélioration de la formation initiale et continue des enseignants, et plus largement de leur accompagnement dans la pratique du métier, est nécessaire. Les enseignants français déclarent en effet plus souvent que leurs collègues européens se sentir mal préparés à leur métier, aussi bien sur la pédagogie générale que sur les aspects didactiques des disciplines qu’ils enseignent. Une formation initiale amorcée dès la fin des études secondaires, comme c’est le cas dans la plupart des pays européens, pourrait notamment permettre de développer le temps consacré à des compétences professionnelles spécifiques, sans nuire aux enseignements disciplinaires. La réforme de la formation initiale des enseignants initiée en 2025 est de ce point de vue un pas dans la bonne direction. Elle crée en effet une licence de professorat des écoles, avance les concours de recrutement pour les premier et second degrés à bac +3 et propose ensuite aux lauréats deux ans de formation en master, rémunérés, avec des stages représentant une part significative du temps de formation.
Par ailleurs, le rôle de l’école au-delà de l’instruction des savoirs fondamentaux risque d’être un élément fort de débat dans les années à venir. Dans un contexte d’effritement du socle démocratique et de crises multiples, l’école est vue régulièrement comme un recours et un facteur de résilience, avec de nouvelles missions qui lui sont dévolues : éducation à la citoyenneté, éducation aux médias, sensibilisation au changement climatique, etc. La multiplication de ces nouvelles missions, dont l’utilité sociale et collective paraît par ailleurs réelle et reflétée dans les enquêtes, peut laisser moins de temps à la transmission des savoirs et savoir-faire disciplinaires, sauf à accroître le temps d’instruction de nos élèves, déjà élevé en comparaison internationale.
On voit ici naître une tension entre une exigence de performance et d’efficacité quant aux résultats purement scolaires d’un côté et un souhait d’élargissement du rôle de l’école de l’autre, qui entraîne de nombreuses questions qu’il conviendra de débattre dans les prochaines années. En particulier, il paraît difficile à la fois de renforcer la formation initiale et continue des enseignants sur leurs pratiques professionnelles et de leur demander de diversifier leurs sujets d’intervention. Une réflexion sur l’ouverture de l’école à d’autres acteurs sur ces nouveaux sujets, voire plus généralement sur le degré de polyvalence attendu des enseignants, à l’école élémentaire notamment, pourrait répondre à cette contradiction possible dans les objectifs attribués au système scolaire.
Enfin, plus largement, des changements dans les temps scolaires pourraient marquer une évolution structurante pour l’école dans les années à venir. Cela inclut le point précédent sur l’élargissement du rôle dévolu à l’école, qui pourrait avoir des conséquences sur les heures d’enseignement notamment, sans s’y limiter. Le chantier a déjà été en partie abordé par la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant mais de nombreuses questions demeurent ouvertes. En particulier, la France reste à ce jour le seul pays de l’Union européenne où l’enseignement à l’école primaire est concentré sur quatre jours dans la semaine. Un accueil des enfants et des adolescents sur une plage horaire étendue, accompagné d’une réflexion autour du « temps scolaire » et du « temps à l’école », ou de la durée des vacances, pourrait permettre de conjuguer un double impératif : d’une part respecter au mieux les besoins physiologiques des enfants et l’équilibre entre sommeil, activité physique, stimulation intellectuelle, moments de jeu et de calme ; d’autre part tenir compte des contraintes collectives des adultes impliqués : parents, enseignants et équipes périscolaires en particulier.
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